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Gaz de schiste : une impasse

A propos d'un "rapport caché" et de la fracturation au fluoropropane

 On se souvient que le Député Arnaud Montebourg, avait signé en 2011, avec d'autres élus PS (Ayrault...) une proposition de loi interdisant la fracturation, l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste et plus généralement des hydrocarbures non conventionnels.

Devenu Ministre quelques mois plus tard, il change de position et devient un fervent défenseur du gaz de schiste. Il commande un rapport à ce sujet en 2012, qui ne sera remis qu'en février 2014, peu avant son départ et l'arrivée du gouvernement Valls. Comme cela arrive souvent, ce rapport reste donc au placard. On en connaisait déjà les principaux éléments, le Canard Enchaîné en avait parlé au printemps 2014.

Mais voilà que le Figaro prétend faire un scoop en le publiant le 6 avril 2015, et en accusant le Président et le Gouvernement de l'avoir caché et enterré.

C'est le point de départ d'une nouvelle campagne de lobbying. Chaque jour est reprise la ritournelle, qui s'apparente à une théorie du complot : on nous a caché ce rapport, donc il dit la vérité, et toute opinion contraire est assimilée à une posture écologiste passionnelle. Et on ne prend pas la peine de réfléchir sur son contenu.

De quoi s'agit-il ?

 

Ce document de 67 pages avance deux arguments importants en faveur du gaz de schiste.

Argument économique : notre sous-sol regorgerait de ce gaz, qui nous assurerait indépendance pendant des dizaines d'années, des centaines de milliers d'emplois, un doublement de la croissance économique, etc. Ces allégations reviennent périodiquement, sans aucun fondement. Plus c'est gros, plus ça devrait frapper l'opinion. Le but est d'introduire le doute dans les esprits, et non pas d'argumenter sérieusement.

Argument technique : une exploitation du gaz de schiste est possible de manière propre, voire écologique, en utilisant l'heptafluoropropane (gaz propane et fluor) à la place de l'eau et de produits chmiques.

On peut comprendre que la réponse immédiate et ferme de la Ministre Ségolène Royal, qui rappelle quelques vérités de bon sens, ne soit pas entendue par les lobbies. Mais lorsque c'est Total ou J.L. Schilansky (ancien de l'UFIP et animateur du lobby CHNC) qui prennent eux aussi du recul, il y a de quoi réfléchir.

Cette technique n'est pas encore au point, elle est chère, elle accroît les risques de fuites dans les eaux et dans les airs, elle a un gros impact sur le climat...

Quelques questions sans réponse :

Cette technique n'est pas de la fracturation hydraulique, et n'est donc pas interdite en France. Pourquoi n'est elle pas utilisée ?

La société EcorpStim qui promeut cette technique, dispose d'un permis de recherche dans le Gard. Elle n'a jamais rien fait sur le terrain. Pourquoi ne l'utilise-t-elle pas ?

Le rapport demande que l'on procède à quelques forages expérimentaux. Pourquoi expérimenter, alors que l'on affirme par ailleurs que cette technique est au point et disponible ?

Le Sud-Est regorgerait de gaz, des chiffres précis sont avancés par certains. Pour quelle raison faudrait-il alors explorer pour estimer ce qu'il y a, et ne pas exploiter directement ?

On ne prend pas grand risque à parier qu'il y a, derrière cette affaire, des enjeux spéculatifs de la part de quelques petites sociétés titulaires de permis de recherche, qui ont cru au mirage du gaz de schiste en France, et qui ne savent plus trop comment s'en sortir aujourd'hui.

    Nous reprenons ci-dessous un article publié le 20 avril 2015 par le journal algérien El Watan, qui éclaire bien les choses.

Dans cet entretien accordé à elwatan.com, Dr Mohamed Said Beghoul, expert dans le domaine des énergies, et qui a longtemps travaillé dans l’amont pétrolier, indique que « la technique de fracturation au fluoropropane est surtout au stade de spéculation ».

C’est quoi au juste le procédé de la fracturation au fluoropropane ?

C'est une technique qui se veut une alternative à la fracturation hydraulique. Elle est supposée offrir l'avantage de ne pas utiliser l'eau et les produits chimiques. C'est une technique développée depuis 2009 par une compagnie canadienne (GasFrac) dans le but de pallier aux risques connus à la fracturation hydraulique.

Les premiers essais consistaient à injecter, sous haute pression, du propane (C3H8) liquéfié, sous forme de gel, mélangé à du sable pour maintenir ouvertes les fissures induites.

Le propane se mêlera au méthane à produire, mais les deux gaz seront séparés en surface. Pour des raisons de sécurité, le propane étant inflammable et explosif, le procédé a ensuite évolué, en 2013, en fluoropropane (C3HF7), un gaz non inflammable, dérivé du propane, où sept atomes d'hydrogène sont remplacés par ceux du fluore (c'est l'heptafluoropropane ou NFP- "Non Flammable Propane").

Ainsi, ce procédé qui n'utilise ni eau ni additifs toxiques permet de récupérer la quasi totalité du fluide de fracturation sous forme gazeuse et peut être réutilisé.

Financièrement parlant, combien coûte la fracturation au fluoropropane ?

Pour l'heure, il n'y a pas eu encore d'essais à grande échelle pour parler de la rentabilité de ce procédé, mais se basant sur la logistique et les ressources à mettre en place, les faisabilités financières et techniques semblent déjà mises en doute.

La fabrication du propane demande beaucoup d'eau et certaines sources situent à 10 euros le mètre cube de fluoropropane, voire le litre, selon d'autres sources qui se basent sur la rareté et la complexité du produit sans compter le coût de son recyclage. La logistique aurait également son impact sur le coût de l'opération, sachant que pour effectuer une seule opération de fracturation sur un drain horizontal de 1000m, il faut au moins 24000 m3 de produit, ce qui mobilise jusqu'à un millier de camions citernes de capacité classique de 15 à 30m3. Que dire pour des puits nécessitant 5 à 10 cycles de fracturation !

Et sur le plan environnemental, quels sont les risques ?

La manipulation, le transport et le stockage des grandes quantités de propane restent très dangereux pour le personnel. Des fuites de propane ont déjà causé des explosions en 2011 sur des sites de la compagnie GasFrac, provoquant des dégâts matériels et des blessures sur les travailleurs.

Sur le plan environnemental, et selon les experts de l’ONU, le potentiel de réchauffement global est estimé à environ 3500 fois celui du CO2.

C'est une technique encore au stade de recherche et développement, mais surtout de spéculation, et beaucoup d'experts pensent que la fracturation au fluoropropane ne sera jamais une alternative à la fracturation hydraulique, ni pour aujourd’hui ni pour demain. A titre indicatif, le Directeur général de Total Shale Gas Europe est lui-même peu convaincu par ce procédé et se montre réticent face à sa complexité. Il déclare que le groupe français Total n’est pas prêt à promouvoir cette technique en Europe.

Pouvez-vous nous citer quelques contraintes de faisabilité ?

Oui, on peut énumérer les contraintes de transport et de stockage de grandes quantités de propane inflammable. Le ''fluoropropane" est une option encore expérimentale et non testée sur le terrain. La production du "fluoropropane" est extrêmement onéreuse ce qui la rend non rentable. C’est d’autre part un fort potentiel de gaz à effet de serre.

En Europe, pour laquelle ce brevet est surtout destiné, son utilisation se heurterait aux engagements de l’Union européenne (UE) qui prévoit de réduire l’usage de gaz fluorés de 80% d’ici 2030. Les molécules du gaz fluoropropane sont de taille plus petites par rapport à celles de l'eau, ce qui facilite leur mobilité à travers les espaces annulaires du puits et augmente le risque de la contamination des nappes phréatiques. En plus, le fluorure d’hydrogène, appelé acide fluorhydrique anhydre, est classé très toxique et corrosif pour les tubages.

La fracturation au fluoropropane semble être une technique qui ne va exister que sur papier.

 


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