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Gaz de schiste : une impasse

Retombées sur l'emploi local

Exploiter le gaz de schiste : combien d'emplois locaux ?

Il n'existe pas à ce jour d'étude complète et précise sur cette question, même si elle a été abordée aux Etats-Unis et un peu en France.

Précisons d'abord de quoi il s'agit.

On utilise l'expression "gaz de schiste" (GDS) par habitude et commodité d'écriture. En effet, il ne s'agit pas seulement du gaz de schiste, mais aussi de l'huile de schiste ou schistes bitumeux, voire du gaz de houille, c'est à dire des produits dont les gisements – dits non conventionnels - sont peu perméables et peu poreux. L'extraction par simple différence de pression ou pompage ne suffit pas et nécessite l'usage de forages horizontaux multiples et de techniques telles que la fracturation.

On sait qu'en France la plupart des réservoirs classiques sont aujourd'hui déjà épuisés ou sur le point de l'être. Ainsi, bien que les entreprises titulaires de permis s'en défendent, les analyses de données géologiques et les statistiques de production montrent que la majeure partie des permis de recherche actuellement accordés ou demandés en France ont pour objectif principal les hydrocarbures de gisements non-conventionnels. Cette question technique est à prendre en compte, car elle a des répercussions sur l'emploi que pourraient générer ces forages non conventionnels.

Comme il est d'usage pour évaluer de l'impact économique d'une activité quelconque, l'estimation des emplois générés par l'exploitation du GDS recouvre plusieurs notions : les emplois directs, les emplois indirects et les emplois induits. Pour chacune de ces catégories, on peut essayer de détailler selon les phases ou les types d'opérations, leur localisation,ou encore leur durée.

Une mesure précise des retombées de l'exploitation du GDS en France, a fortiori de l'emploi local dans une région particulière supposerait que cette activité soit déjà développée et observée par l'INSEE ou d'autres instituts. Les chiffres que nous indiquons sont des estimations vraisemblables reposant sur ce que l'on peut observer aux Etats-Unis depuis quelques années. On pourrait certes nous reprocher cette imprécision, mais il est encore plus contestable d'avancer dans les médias des chiffres non étayé, pour faire miroiter des centaines de milliers d'emplois.

Emplois directs

Il s'agit principalement des emplois liés aux activités d'études préalables, de terrassement, de forage, de transport, et de maintenance du forage. Ce sont les mieux connus, puisqu'ils sont facilement observables dans les entreprises concernées et sur les lieux de production (Etats-Unis notamment).

Emplois indirects

Ce sont les emplois liés, en amont, à la production et à la livraison des équipements de forage, ainsi qu'à la formation des personnels, à la dépollution, etc. Ces emplois sont généralement localisés dans d'autres entreprises, qui fournissent bien et services aux foreurs.

Emplois induits

Lorsque les revenus générés par les emplois directs et indirects (salaires, taxes, profits...) sont dépensés dans l'économie en général (logement, alimentation, transport...) ils entraînent la création des emplois induits. Ces dépenses génèrent à leur tour d'autres emplois, qui à leur tour irriguent l'économie, selon une cascade que l'on peut estimer à l'aide de méthodes mathématiques – à condition de disposer de données statistiques et comptables complètes et fiables, ce qui est rarement le cas à l'échelon d'une région ou d'un bassin d'emploi.

Estimation des emplois 1 locaux pour un puits

1- La phase d'études préalables (analyse des données connues) s'effectue dans les bureaux de l'entreprise. Les emplois directs se trouvent souvent à l'étranger. Emploi local : 0

2- La phase de recueil de données sur le terrain (sismique par exemple) fait appel à des équipes déjà constituées, d'origine extérieure et pour une présence locale très courte. Emploi local : 0

3- Construction de la plateforme de forage et stockage. Hormis peut-être quelques travaux préparatoires de faible ampleur (débroussaillage), la réalisation est le plus souvent confiée à une entreprise de génie civil faisant partie d'un groupe de dimension nationale (Entrepose constructing, du Groupe Vinci par exemple).

Durée de chantier : quelques jours à quelques semaines. Emploi local : 1/4

 

4- Forage complet avec multibrins horizontaux et fracturation. Réalisation par une équipe compétente, d'environ 12 personnes travaillant en continu en moyenne 3 mois au maximum2 (données américaines). L'équipe spécialisée est d'origine extérieure et enchaîne les chantiers en fonction du programme général de l'entreprise. Emploi local : 1/4

 

5- Maintenance du puits. Aux Etats-Unis, on compte 1 EPTA pour 6 puits. En France, pour des normes renforcées, on en comptera le double, supposé local. Emploi local : 1/3

6- Contrôles administratifs Emploi local : 1/6

 

Soit au total, pour un puits :

1 EPTA local et environ 5 EPTA d'origine extérieure (emplois importés) mobilisés sur le terrain.

Les emplois indirects :

Fournitures et services locaux : 3 emplois durant 3 mois Emploi local : 3/4 Fabrication des équipements, tuyaux, cuves, produits divers etc..

Sauf exception à préciser, emplois locaux faibles ou nuls.

Exceptions possibles pour le Gard : Usine Vallourec à Alès (?)

Traitement des fluides de forage non reinjectés : une technicien durant 3 mois Emploi local : 1/4

Soit au total, pour un puits : 1 EPTA local

Les emplois induits localement :

Liés aux activités générées par les dépenses locales des personnels. Il s'agit d'une partie des salaires dépensée sur place : logement, alimentation, transports etc., et de taxes perçues localement. Il est d'usage3 de compter environ 1 emploi induit pour 1 emploi local direct ou indirect.

Récapitulatif :

 

 

Emplois locaux

Emplois importés

Total sur place

+ emplois ailleurs

 

Directs

Indirects

Induits

1 puits / an

1

1

7

5

14

?

10 puits / an

10

10

70

50

140

?

 

Il ne s'agit que d'estimations approximatives, découlant de ce qui est observable aux Etats-Unis ou au Canada, qui indiquent un ordre de grandeur vraisemblable. Les emplois comptés en EPTA (équivalent temps plein annuel)

Mais il faut compléter ces chiffres bruts par quelques considérations qui en modifient la portée.

Observations complémentaires

Faut-il prendre en compte les emplois induits ?

Ils découlent des dépenses faites par les personnels employés dans la chaîne locale de production du gds, et sont par définition localisés dans d'autres secteurs (alimentation, logement etc.). Ces emplois pourraient donc être induits de la même manière par d'autres activités que les forages : parcs éoliens ou solaire, équipement touristique, conserverie, maison de retraite etc.

Si on veut comparer l'emploi généré par le gds à celui qui découlerait d'autres choix d'investissement, il n'y a pas de raison logique de comptabiliser les emplois induits comme un effet spécifique de l'exploitation du gds.

Au sens strict, l'exploitation d'un puits ne créerait donc que 2 emplois locaux sur un an.

Les coûts

Un puits complet coûte entre 2 et 10 millions d'euros, sans compter les coûts indirects supportés par la collectivité (routes, réseaux, services divers). Il y a certainement des manières moins coûteuses de créer des emplois !

Les destructions d'emploi

  L'exploitation d'un gisement produit donc inévitablement une emprise au sol incompatible avec les activités agricoles ou touristiques.  

Dans une région telle que le Gard, l'Ardèche, la Champagne ou l'Alsace, on imagine que les destructions d'emplois existants serait supérieure auxcréations : l'exploitation du gds ne crée pas toujours de l'emplois locaux mais peut en détruire.

La destruction de valeur patrimoniale

Pertes importantes et irréversibles de valeur pour les terres agricoles. La destruction paysagère et foncière nuit au maintien de l'habitat et d'autres activités telles que l'immobilier, le tourisme, l'artisanat. La dépréciation du patrimoine a aussi des effets négatifs sur les recettes fiscales des collectivités.

Des emplois pour combien de temps ?

La comptabilité en EPTA n'assure pas qu'il s'agit d'emplois stables, à temps plein, localisés de manière durable. Les emplois directs sont des emplois sur des chantiers de quelques semaines ou quleques mois, donc mobiles par nature.

 

La production efficace d'un puits étant assez courte (moins de 4 ans), il faut en forer sans cesse de nouveaux, financés par les recettes des précédents. Que la production ralentisse, qu'un accident survienne, que le prix du gaz décroche comme aux Etats-Unis ces dernières années, et c'est tout le programme qui peut se bloquer, et les emplois qui vont avec. Et si les choses se déroulent normalement, les puits se multiplient,les réserves s'épuisent et l'activité risque de ralentir ou de s'arrêter au bout de quelques années. Cette activité extractive ne génére pas des emplois pérennes.

 

L'incitation à l'exode en fin de chantier

Les nouveaux chantiers, surtout si les salaires sont confortables, attirent des personnels de la région au détriment parfois d'activités plus stables. Il y a un effet d'éviction. Mais à la fin du programme on observe souvent que ces personnels émigrent, en suivant leur employeur vers d'autres chantiers ailleurs. Se produit alors un phénomène de perte nette d'emplois, y compris les emplois induits, et de dépopulation : l'étincelle de croissance finit en fumée.

Conclusion

Ces estimations chiffrées ne sont qu'indicatives, et devront être réajustées en fonction d'observations de terrain, qui peuvent varier notablement selon les conditions géologiques et le contexte économique. Mais il est clair que le nombre d'emplois créés durablement est faible, voire nul ou négatif sur longue période. Les perturbations dans le bassin d'emploi (éviction, mobilité, migrations) peuvent avoir des effets irréversibles et négatifs. De même que les stratégies fondées sur l'économie de rente débouchent rarement sur un développement économique solide, il est illusoire de prétendre construire un développement local durable à partir de la seule industrie extractive d'hydrocarbures non conventionnels. Le bon sens voudrait que l'on s'oriente plutôt vers des filières plus novatrices, notamment la recherche et le développement dans les énergies renouvelables, qui peuvent se décliner aussi bien au niveau local ou régional qu'au niveau national voire européen.


Notes :

1 Les emplois sont comptés en équivalent plein temps annuel (EPTA) pour un puits. Un EPTA signifie aussi bien 1 emploi pendant 1 an que 4 emplois durant 3 mois. Il ne correspond pas nécessairement à un statut de salarié plein temps.

2 Pour plus de détails cf N.Daures, La fable des 100.000 emplois. Oct 2012. http://www.stop-gaz.fr (rubrique économie), et les références de sources américaines.

3 Il s'agit d'un maximum, étant entendu que les profits et une partie des salaires est transférée dans les territoires d'origine des personnels, de l'entreprise ou des actionnaires.


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